Le bassin arachidier enchaîne les succès dans sa guerre contre la salinisation des terres


Champ collectif des femmes - Credit photo : PNUD Senegal

Les zones touchées par l’avancée de la langue salée dans les régions de Fatick et de Kaolack renouent avec la verdure grâce au Projet de gestion et de restauration des terres dégradées du bassin arachidier (Progert). Le sel recule, au grand bonheur des cultivateurs.

A retenir

  • Le projet a été mis en place dans les régions de Kaolack et de Fatick. Elle démarrée a Koutal en 2006 dans la Communauté rurale de Ndiaffate.
  • Reboisement : 430 ha de terres traitées dont : 145 ha par la régénération naturelle ; 275 ha par plantation ; 10 ha par épandage de coque d’arachide ;
  • L’introduction d’essences halophytes (Acacia Sénégal, Eucalyptus camaldulensis, Tamarix aphylla et Melaleuca) a largement contribué à améliorer la couverture végétale de la région.

Lorsque la mer a léché de sa langue salée des hectares de terres du bassin arachidier, des paysans désespérés ont jugé utile de se reconvertir dans le travail du sel, délaissant ainsi les travaux agricoles. Mais le Projet de gestion et de restauration des terres dégradées du bassin arachidier (Progert) leur a démontré que leurs terres sont bien récupérables. Mieux, ce qu’on tire des terres récupérées est plus intéressant que l’argent gagné avec la production de sel. Avec comme objectifs spécifiques la récupération des terres dégradées et la réduction de la pauvreté, le Progert est au front dans le bassin arachidier qui couvre une superficie de près de 46.367 km2 et abrite une population principalement rurale de près de quatre millions de personnes.

Le fléau de la salinisation des terres ne date pas d’aujourd’hui. Il remonte au début de l’ère quaternaire, au cours de laquelle les eaux salées se sont infiltrées dans le bassin. Les sécheresses, de par leur récurrence, ont fait baisser le niveau des eaux souterraines, créant un paysage lunaire de « tanns » (zones affectées) dénudés et impropres à l’agriculture. C’est le début du malheur d’une population rurale, qui plonge progressivement dans la pauvreté au fur et à mesure que la mer léchait les terres, plongeant les occupants dans l’insécurité alimentaire. La seule alternative était de rester sur place en ne récoltant que la misère, ou partir vivre ailleurs, loin de ce sel qui tue toute verdure.

Le gouvernement du Sénégal ne pouvait pas rester insensible à cette situation inquiétante. En partenariat avec le Pnud et le Fem, il lance, en 2006, le Projet de gestion et de restauration des terres dégradées du bassin arachidier. Il s’agit ici de sauver les terres en mettant l’accent sur des méthodes agronomiques et sylvopastorales de restauration dans les zones concernées que sont les régions de Kaolack et de Fatick. Ces méthodes consistent à adopter des cultures pour lesquelles on utilise des coques d’arachide, riches en ions de calcium et favorisant l’infiltration dans le sol. Les zones concernées sont initiées à l’usage d’espèces adaptatives. L’initiative démarre à Koutal, précisément dans la communauté rurale de Ndiaffate, en 2006.

Le Progert n’est pas seul dans sa croisade contre le sel, il développe son initiative en partenariat avec le Centre national de recherche forestière de l’Institut sénégalais de recherche agricole (Isra). La cible : les populations locales et leurs différentes formes d’organisation allant des organisations communautaires de base aux organisations de producteurs, de jeunes et de femmes. Le combat ne peut être gagné sans l’implication de tous, c’est pourquoi le projet met l’accent aussi sur l’approche genre et les moyens d’existence durable. Afin de mieux impliquer tout le monde, le Progert a eu la bonne idée de développer des stratégies participatives qui facilitent l’implication des populations aux activités économiques. Les communautés rurales se lancent alors dans une sorte d’alliance/partenariat basée sur le principe de la subsidiarité avec les opérateurs privés, les Ong qui voient leurs capacités renforcées.

La coque d’arachide qui était condamnée à disparaître à cause de la salinisation des terres, sera au centre de la stratégie de guerre. Le produit est testé pour sauver la culture du millet et du maïs. A l’arrivée, on obtient des rendements très élevés. L’arsenal s’élargit avec l’introduction d’essences halophytes comme l’acacia Sénégal, l’eucalyptus, le camaldulensis, le tamarix aphylla et le melaleuca. Ainsi, les souches d’arbre pétrifiées par le sel cèdent le terrain à une couverture végétale qui démontre que le combat peut être gagné. Le projet, grâce à ses bons résultats, sort du cadre des 500 hectares de départ. La coque d’arachide a permis de récupérer 240 autres hectares du champ collectif de femmes. 430 hectares de terres sont traités dont 145 hectares par la régénération naturelle alors que 275 hectares sont réutilisables grâce à la plantation. 10 hectares reverdissent après usage de coque d’arachide.

Plusieurs leçons sont à tirer de ces initiatives. D’abord, les terres sauvées sont très rentables, mais aussi leur capacité d’adaptation à la variabilité climatique s’en retrouve renforcée. Il convient aussi d’élaborer des conventions locales de gestion des ressources avec les intervenants comme les Ocb. En effet, il est salutaire de poursuivre le dispositif mis en œuvre avec les Ocb.