Fatoumata Bintou DJIBO : « Nous allons mettre en place des bourses économiques en complément des bourses de sécurité familiale »

24 oct. 2013

imageFemmes transformatrices de jus locaux à Bango Saint-Louis Credit : PNUD/Djibril SY

La Journée des Nations unies est célébrée le 24 octobre de chaque année à travers le monde. La coordonnatrice résidente du Système des Nations unies au Sénégal, représentante-résidente du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), Fatoumata Bintou Djibo, explique les actions menées dans notre pays et celles à venir. Selon elle, le Sénégal a réalisé d’énormes progrès concernant les Objectifs du millénaire pour le développement (Omd), mais il faut redoubler d’efforts.

A la veille de la célébration de la Journée des Nations unies, quelles sont les actions menées au Sénégal ?

«Nous célébrons le 24 octobre de chaque année la Journée des Nations unies à travers le monde. Ce qui nous donne l’opportunité d’évaluer notre partenariat avec le gouvernement du Sénégal et d’ajuster également nos interventions. En 2013, je pourrais revenir sur quelques actions phares, aussi bien sur le plan stratégique qu’opérationnel, dans le cadre de la mise en œuvre du Plan cadre des Nations unies pour l’assistance au développement 2012-2016. Nous avons signé, avec le gouvernement sénégalais, trois grandes conventions, communément appelées programmes conjoints, pour un montant de 15 milliards 500 millions de FCfa. Le premier programme est intégré et regroupe les questions liées à la santé, à l’éducation et à la nutrition. Le deuxième concerne l’éradication des violences basées sur le genre et la promotion des droits humains. Quant au troisième, il est relatif à la promotion de l’emploi des jeunes et intègre la variante migratoire. Sur le plan stratégique, à travers le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), nous avons, par exemple, accompagné le gouvernement dans la réflexion de l’agenda post-2015. Ce processus a été très inclusif et a permis au Sénégal d’être au rendez-vous, à l’instar des autres pays. Les aspirations du peuple sénégalais ont été recueillies d’une manière très participative et des propositions faites et validées de ce qui pourrait être un agenda pour le développement en 2015. Nous avons également accompagné le gouvernement dans l’évaluation des Objectifs du millénaire pour le développement (Omd). Cela a permis au chef de l’Etat de faire la situation lors de l’Assemblée générale des Nations unies, en septembre dernier. Ces deux processus sont importants pour le Sénégal, car confirmant son leadership. Sur le plan opérationnel, nous pouvons citer notre contribution à la lutte contre l’insécurité alimentaire. A travers le Programme alimentaire mondial (Pam), des achats de vivres d’un montant de 2,5 milliards de FCfa ont été faits auprès des producteurs locaux, notamment de la vallée, contribuant ainsi à booster l’économie locale. Toutefois, je dois souligner que la situation alimentaire n’était pas aussi catastrophique que l’année dernière.

Cette année également, à travers Onu-Femmes, le président de la République a été nommé champion pour la lutte contre les violences faites aux femmes, et il devrait sensibiliser ses pairs pour que la lutte contre ces violences soit une réalité dans nos pays.


Nous avons également accompagné le gouvernement sénégalais, à travers l’Unicef, dans l’accélération de l’atteinte des Omd, notamment l’objectif sur la mortalité infantile et maternelle. Nous avons pu élaborer une feuille de route qui permettra, d’ici à 2015, de doubler les efforts et de pouvoir relever les défis. Au titre des droits humains, on peut ajouter notre contribution pour avoir accompagner le Sénégal à respecter ses engagements et préparer un certain nombre de rapports. Notre intervention est multidimensionnelle. Je vous en ai cité quelques exemples».

Où en est le Sénégal par rapport à l’atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement ?

«Le Sénégal a réalisé d’énormes progrès concernant les Omd. Les résultats sont remarquables s’agissant de la scolarisation des filles à l’élémentaire et la lutte contre le Vih/Sida où le taux est l’un des meilleurs en Afrique. Il en est de même de l’accès à l’eau potable. Toutefois, il reste des chantiers sur lesquels il faut redoubler d’efforts. Il s’agit, entre autres, de la lutte contre la mortalité infantile et maternelle.

Concernant l’éducation pour tous, le Sénégal est à 94 %. Cela est remarquable. Cependant, il faut travailler sur le taux d’achèvement et la qualité de l’enseignement. Des efforts sont aussi entrepris pour réduire les inégalités. Il y a également la question du genre qui est importante. Le Sénégal peut être cité comme modèle dans ce domaine. Par exemple, 43 % des parlementaires sont des femmes. Ces progrès sont notés dans les collectivités locales. En 2009, les données étaient de 16 % contre 11 % en 2001. Aujourd’hui, je suis sûre que les données ont encore progressé. Le Sénégal pourrait être un modèle pour la sous-région».

Est-ce que le Sénégal a fait des progrès dans la lutte contre la pauvreté ?

«En principe, les 50 % de la population devraient sortir de la pauvreté. Donc, les progrès sont remarquables en termes de pourcentage. De 2001 à 2011, la pauvreté a baissé de 10 %. Mais en terme absolu, le nombre a tendance à augmenter à cause de la forte démographie. D’ailleurs, cette question reste au centre des préoccupations, et tout doit être fait pour que le taux de pauvreté reste le plus bas possible. Cela ne peut se faire que par la mise en place de filets sociaux, la création d’opportunités économiques, la promotion de l’agriculture».

Comment appréciez-vous le programme national des bourses de sécurité familiale ?

«Le programme national des bourses de sécurité familiale est un projet sans précédent en Afrique. C’est un modèle que beaucoup de pays devraient suivre. Il peut permettre la protection des plus vulnérables, corriger les inégalités et créer une chaine de solidarité. En plus, en proposant une bourse conditionnée à l’éducation et à la santé des enfants, les indicateurs des Omd s’améliorent davantage, notamment l’accès à l’éducation pour tous et à la santé maternelle et infantile. Ce conditionnement réglera plusieurs problèmes à la fois.

Que pensez-vous de la couverture maladie universelle ?

La couverture maladie universelle vient renforcer le dispositif en cours. Elle permettra aux populations les plus démunies de pouvoir se soigner en cas de maladie à travers les mutuelles de santé qui seront mises en place. La santé est primordiale. Si dans une famille une personne est malade, toutes les économies sont utilisées pour la soigner. De plus, la couverture maladie universelle va développer la culture de participer à une assurance-maladie qui protège les personnes vulnérables. C’est une initiative louable à soutenir pour agrandir le réseau de filets sociaux et pour sortir le plus grand nombre d’individus de la pauvreté».

Comment le système des Nations unies compte-t-il accompagner le gouvernement du Sénégal dans ces deux programmes ?


«Le système des Nations unies va aider à la mise en place de bourses économiques, en complément des bourses de sécurité familiale. Le Pnud va démarrer cet appui à travers le Programme de développement économique et social (Prodes), par le financement de micros projets, afin que les populations vulnérables identifiées puissent mener des activités qui vont les sortir de l’assistanat. Cette politique vise donc à autonomiser cette catégorie sociale. Il y a aussi le transfert d’argent dénommé cash transfert et les bons alimentaires qui aideront ces populations à résister aux chocs. Nous allons poursuivre la politique des cantines scolaires. Nous allons également contribuer à opérationnaliser l’observatoire de la pauvreté, qui permettra de réguler et de suivre son évolution, et les progrès enregistrés par rapport à la mise en place des filets sociaux. Le système des Nations unies contribue aussi à la réflexion stratégique. Il va également mener le plaidoyer auprès d’autres partenaires stratégiques pour la mise en place d’un fichier unique sur les groupes vulnérables. Ledit fichier est central dans la réussite des filets sociaux».

En 2014, quelles seront les actions phares du Système des Nations unies au Sénégal ?

«Nous allons continuer la formulation de trois autres programmes conjoints que nous n’avons pas pu finaliser au cours de l’année qui s’achève. Un programme est dédié à la collecte des données statistiques dans plusieurs domaines. Cela permettra de faire face au problème des données. Un autre va mettre l’accent sur la mise en place de certaines chaînes de valeurs, particulièrement dans l’agriculture, en vue de créer des opportunités. Ces différents programmes conjoints pourront être élaborés en 2014 avec tout le financement. Il ne s’agit là que de quelques exemples puisque les programmes habituels de toutes les agences vont se poursuivre. Notre contribution pour faire face à la crise alimentaire sera également renforcée».

Vous mettez l’accent sur l’agriculture. Concrètement, qu’allez-vous faire dans ce domaine ?

«Dans le domaine de l’agriculture, nous avons pu mobiliser des ressources à travers la Fao. Un programme de 20 millions de dollars sera lancé dans la production de semences de qualité. Le système des Nations unies va mettre l’accent sur cet aspect. En outre, nous allons accompagner d’autres initiatives dans des régions comme la Casamance par l’installation de certaines filières. Avec le soutien d’autres partenaires, cet appui contribuera à relever l’agriculture au Sénégal».

Le Sénégal prépare le Groupe consultatif de Paris. Quel sera le rôle du Système des Nations unies à cette table-ronde ?


«Le Groupe consultatif de Paris, qui se tiendra en 2014, se fera avec l’appui technique du système des Nations unies, en particulier du Pnud et de la Banque mondiale. Cet appui sera multiforme et consistera à aider le gouvernement sénégalais à mettre en place des projets bancables, c’est-à-dire des dossiers bien préparés pour le financement du secteur privé. L’originalité de ce groupe consultatif réside dans le fait que le Sénégal a ciblé le secteur privé et étudie dans quelle mesure un partenariat public-privé peut être développé dans différents secteurs, tels que l’énergie et l’agriculture. Ces secteurs vont aider à faire avancer le pays sur le chemin de l’émergence. Le but du groupe consultatif, c’est la mobilisation des ressources pour financer l’agenda de développement du Sénégal qui a été traduit dans le Document national de politique économique et social. Donc, c’est une plateforme où les partenaires seront invités à soutenir le Sénégal dans la réalisation de son développement. Pour cela, le Sénégal a besoin non seulement de dossiers bancables mais aussi de réformes, pour que les investisseurs puissent y investir en toute sécurité, avec toutes les garanties requises».


Un pays comme la Guinée vient d’organiser des élections législatives après un long processus. Que fait le système des Nations unies pour aider la sous-région à faire face aux multiples menaces ?


«Le Sénégal abrite le siège d’Unowa, une agence des Nations unies qui s’occupe des questions politiques et de médiation. La République de Guinée a préparé les élections législatives avec l’appui des Nations unies. Notre institution s’est beaucoup investie pour arriver à cette étape. Cette intervention a permis, avec celle de l’Union africaine, d’éviter l’impasse dans ce pays et de limiter le nombre de crises politiques dans la sous-région. L’appui des uns et des autres, y compris celui des Nations unies, a été important».

Entretien réalisé par Mamadou GUEYE